Bien que je sois (de nouveau) à Québec, je viens faire un tour à Montréal de manière sporadique, histoire de me changer les idées de mon travail qui prend beaucoup de place dans ma vie depuis la Rentrée.
Quand je n’ai pas le temps de trouver un transport avec le service de covoiturage Allô-Stop (efficace et pas cher – je fais ça depuis, mes premières années hors de chez les parents), je me résigne à prendre l’autocar.
Cette semaine, je suis arrivé tout juste et j’ai dû prendre place tout au fond, juste à côté de la porte du cabinet d’aisance… le plus proche d’où j’essaie d’être le plus loin possible… quand je peux.
Depuis mes premiers voyages dans ces mastodontes surélevés, j’ai toujours eu une phobie d’utiliser la toilette qui se trouve au fond. D’une part, j’ai été ‘traumatisé’ lors d’un camp de vacances par un trajet Charlevoix-Montréal où le cabinet avait bouché et qu’on a été accompagnés une bonne partie du voyage par un parfum “Fosse Septique Numéro 5″. D’autre part, j’ai été contraint plus tard par ma vessie d’y aller juste au moment où le véhicule quittait le terrain de stationnement, virait pour prendre la sortie et tournait encore pour s’engager sur le Boulevard. Je me disais que c’était la première fois et la DERNIÈRE fois que j’allais utiliser ce compartiment à peine plus grand qu’un placard à balais, comme le soulagement a plus été de l’ordre du sport extrême comme les mouvements de l’autocar me projetaient d’une part et d’autre des parois alors que j’essayais de rester le plus immobile possible pour vous-savez-quoi.
Donc, je me ramasse en ce premier novembre 2009 avec comme voisin de voyage, la porte menant à deux souvenirs de jeunesse.
Pendant la première heure, dans la pénombre de l’Autoroute 20 où dans l’habitable brillent seulement les petites lumières de lecture et la lueur blafarde d’ordinateurs portables, aucun mouvement dans l’allée. Puis, une silhouette sombre s’approche du fond de l’autocar et ouvre la gueule de la Bête, qui claque aussitôt après que la silhouette anonyme ait été avalée par l’insatiable créature. Une minute passe, puis une autre… Finalement, la silhouette réapparaît en sautillant plus légèrement, comme la créature la recrache dans un effluve de “Purel” (l’antiseptique en gélatine, très à la mode ces temps-ci). Je retiens mon souffle, jusqu’à ce que la Bête ait refermé ses mâchoires.
Un moment passe, puis un autre… Une nouvelle silhouette est inexorablement attirée par la gueule du monstre qui s’ouvre de nouveau. Encore une fois, je retiens mon souffle lorsque j’entends le déclic du loquet. Environ quinze minutes avaient passées entre la première et la deuxième personne. Quand vint une troisième personne, peut être cinq minutes, tout au plus, se sont écoulées si je me fie à ce qui jouait à ce moment là dans mon baladeur. En trois chansons, j’ai vu passer quatre personnes par la suite, puis à moins de 50km de notre destination, plus personne n’est venu taquiner la Bête.
Je me demande… Quel effet d’entraînement a fait qu’un achalandage s’est progressivement crée après une longue période, puis plus rien au moment d’être proche de la fin. Serait-ce parce que des personnes comme moi évitent ce cabinet mais certaines ‘craquent’ en même temps après une heure trente? Serait-ce que la moyenne d’endurance d’un voyageur soit de deux heures mais avec des écarts entre une et trois heures? Ou encore que des inconnus de voyage aient aussi vécu une expérience avec la Chose? Mystère…
Publié par phlaurin